Réflexions sur la Journée des savoirs ouverts (15 octobre 2026)

15 octobre 2026
Atelier : Comment en arriver à ce qu’une base de connaissances devienne un réel levier de changement?
“Les bases de connaissances, qui permettent de rassembler les savoirs issus d’un secteur, d’une organisation ou d’une thématique, peuvent faciliter l’accès, l’appropriation et la conservation. Elles peuvent aussi constituer des projets collaboratifs structurants au sein de nos écosystèmes et de nos communautés.
Dans cette conversation, nous vous proposons d’échanger sur comment les bases de connaissances peuvent nous aider à mieux aborder la complexité collectivement, à mutualiser nos ressources et à valoriser, relier et renforcer collectivement nos connaissances à l’échelle de la société.”
Ces échanges se sont révélés hautement instructifs. S’ils n’ont fourni qu’un nombre limité de réponses directes à mes questionnements de départ, ils dégagent des axes précieux pour adapter notre approche communicationnelle auprès de la communauté. Cette démarche a par ailleurs permis d’ancrer la réflexion dans le concret grâce au partage d’une expérience de terrain.
C’est une réflexion sur le fossé qui existe souvent entre l’accumulation documentaire (ce qui est archivé) et l’intelligence collective active (ce qui est réellement partagé, co-construit et transformé en levier de changement).
Il semble que nous sommes prisonniers de l’urgence politique et du « clic de la mobilisation », nos réseaux accumulent des montagnes de savoirs (mémoires, avis, recherches) qui dorment sur des sites web, faute d’espaces vivants pour les faire respirer.
Voici mes constats sur l’expérience récente d’un forum éphémère, ainsi que quelques pistes d’action les suites possibles.
Contexte :
Dans le cadre d’une audience récente du BAPE sur la construction d’un terminal portuaire à Sorel/Tracy le CRE Montérégie et Vigie citoyenne Port de Contrecoeur ont organisé un forum de discussion éphémère avec quelques organismes.
Plutôt que de mobiliser des organismes pour rédiger un mémoire commun. Ce qui nécessite souvent beaucoup de temps et d’énergie. Les organismes sont invités à deux rencontres préparatoires pour partager leurs analyses et leurs positions. Un espace partagé a été créé pour déposer les documents issus des groupes. Le CRE et Vigie ont été les groupes porteurs. Une universitaire de l’UQAR a été associée à la démarche. Par la suite, les groupes ont déposé leur position séparément avec des signataires de citoyens ou en collaboration.
Réflexion
1. Mémoire documentaire vs Mémoire collective vivante
- La dimension formelle : Il y a bien une base documentaire. Les positions de Vigie citoyenne et du CRE Montérégie constituent une trace historique des luttes et de l’expertise.
- La dimension vivante : Une base de données stockée ne fait pas une mémoire collective. Si la connaissance n’est pas mise en circulation, discutée, frottée aux réalités du terrain et co-construite, elle reste un outil d’expertise ou un simple argumentaire de défense, plutôt qu’un levier d’émancipation et de transformation.
Dans le modèle traditionnel, l’organisation (le CRE ou Vigie) produit le savoir pour convaincre. Le citoyen ou l’allié le consomme ou l’endosse. La boucle de la co-construction est court-circuitée par l’urgence d’agir.
2. Le piège de l’urgence : une fatalité ?
L’urgence socio-politique (les échéances des consultations publiques – BAPE, AEIC) impose un rythme effréné qui favorise le réflexe du « prêt-à-mobiliser » : rédiger vite, signer vite, réagir vite.
Ce n’est pas une fatalité en soi, mais c’est un biais qui épuise les militant.e.s et fragilise l’appropriation à long terme. Si chaque consultation est traitée comme un sprint isolé, les apprentissages de la consultation précédente se perdent.
3. Le forum de discussion éphémère : un pont entre urgence et co-construction
Pourquoi cette formule est simple et efficace :
- Elle contourne la lourdeur d’un document unique (mémoire) : Rédiger un mémoire de coalition est souvent un parcours du combattant (lourdeurs sémantiques, négociations de mots, fatigue militante). En gardant des mémoires autonomes mais nourris par un tronc commun, vous maximisez la diversité des voix tout en minimisant la friction.
- Elle déplace la valeur du « produit » vers le « processus » : Le véritable résultat n’est pas seulement le document final déposé, c’est la complicité, la confiance et l’interconnaissance tissées entre les groupes pendant les rencontres préparatoires.
- Elle légitime le savoir par l’alliance : Associer des chercheur-euse-s universitaire et l’expertise du milieu crée un un positionnement crédible face décideurs publics
- Une condition essentielle : Avoir un organisme rassembleur et porteur qui possède une légitimité de terrain est indispensable pour créer un espace sécurisant et structurant. Sans ce tiers de confiance, les groupes, repliés sur leurs urgences respectives, resteraient dans leurs silos.
4. Comment transformer les traces d’un forum éphémère en « briques de connaissance » vivantes
Dans l’urgence on passe immédiatement au combat suivant, à la consultation suivante ou au projet suivant.
Pour y remédier, on peut concevoir chaque forum éphémère non pas comme un événement isolé, mais comme une centrale de production de savoirs partagés. L’objectif serait de faire en sorte que les échanges informels des rencontres (Les constats partagés, les angles morts identifiés) soient capturés (audio ou texte) de manière synthétique et versés dans les plateformes des organismes afin qu’elles soient accessibles à d’autres groupes.
PLus facile à dire qu’à faire!
Exemples de stratégies rapides.
- La fiche de synthèse : À l’issue des ateliers, rédiger rapidement une synthèse d’une page qui ne liste pas seulement des positions, mais identifie les angles morts communs, les points de friction avec les promoteurs et les arguments les plus percutants.
- L’indexation thématique simple : Plutôt que de stocker les documents en vrac sur un site web, classer ces synthèses par grands nœuds problématiques (ex. : intégrité des écosystèmes fluviaux, impacts cumulatifs du transport maritime, acceptabilité sociale et gouvernance). Cela permet à un nouveau groupe de s’approprier le contenu en quelques clics sans avoir à lire cinquante pages de rapports techniques.
Instaurer un « rituel » de rétroaction post-consultation
- Programmer une courte rencontre de bilan informel (une heure, en ligne) avec les groupes participants quelques semaines après le dépôt des mémoires.
- L’objectif : se poser la question simple : « Qu’est-ce qu’on a appris de neuf sur notre territoire ? Qu’est-ce qui a fonctionné dans notre alliance ? »
Exemple d’outil à développer : Créer une « trousse d’outils » évolutive gratuite et accessible pour les communautés
On pourrait formaliser la méthode du forum éphémère sous forme de guide pratique ou de boîte à outils méthodologique :
- Comment identifier un groupe rassembleur et porteur?
- Comment convoquer un espace de discussion neutre et sécurisant ?
- Comment articuler l’apport de la recherche universitaire (comme avec l’UQAR) avec la parole citoyenne brute ?
- Comment conserver les notes de cette discussion?
- Comment utiliser les instruments technologiques pour transcrire les enregistrements audio et en faire la synthèse?







