Gilles Dubois Carnets

Résilience et Audace

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  • Mémoire documentaire et mémoire collective vivante

    Les savoirs des aîné.es

    Réflexions sur la Journée des savoirs ouverts (15 octobre 2026)

    15  octobre 2026

    Atelier : Comment en arriver à ce qu’une base de connaissances devienne un réel levier de changement?

    “Les bases de connaissances, qui permettent de rassembler les savoirs issus d’un secteur, d’une organisation ou d’une thématique, peuvent faciliter l’accès, l’appropriation et la conservation. Elles peuvent aussi constituer des projets collaboratifs structurants au sein de nos écosystèmes et de nos communautés.

    Dans cette conversation, nous vous proposons d’échanger sur comment les bases de connaissances peuvent nous aider à mieux aborder la complexité collectivement, à mutualiser nos ressources et à valoriser, relier et renforcer collectivement nos connaissances à l’échelle de la société.”

    Ces échanges se sont révélés hautement instructifs. S’ils n’ont fourni qu’un nombre limité de réponses directes à mes questionnements de départ, ils dégagent des axes précieux pour adapter notre approche communicationnelle auprès de la communauté. Cette démarche a par ailleurs permis d’ancrer la réflexion dans le concret grâce au partage d’une expérience de terrain.

    C’est une réflexion sur le fossé qui existe souvent entre l’accumulation documentaire (ce qui est archivé) et l’intelligence collective active (ce qui est réellement partagé, co-construit et transformé en levier de changement).

    Il semble que nous sommes prisonniers de l’urgence politique et du « clic de la mobilisation », nos réseaux accumulent des montagnes de savoirs (mémoires, avis, recherches) qui dorment sur des sites web, faute d’espaces vivants pour les faire respirer.

    Voici mes constats sur l’expérience récente d’un forum éphémère, ainsi que quelques pistes d’action les suites possibles.

    Contexte :

    Dans le cadre d’une audience récente du BAPE sur la construction d’un terminal portuaire à Sorel/Tracy le CRE Montérégie et Vigie citoyenne Port de Contrecoeur ont organisé un forum de discussion éphémère avec quelques organismes.

    Plutôt que de mobiliser des organismes pour rédiger un mémoire commun. Ce qui nécessite souvent beaucoup de temps et d’énergie. Les organismes sont invités à deux rencontres préparatoires pour partager leurs analyses et leurs positions. Un espace partagé a été créé pour déposer les documents issus des groupes. Le CRE et Vigie ont été les groupes porteurs. Une universitaire de l’UQAR a été associée à la démarche. Par la suite, les groupes ont déposé leur position séparément avec des signataires de citoyens ou en collaboration.

    Réflexion

    1. Mémoire documentaire vs Mémoire collective vivante

    • La dimension formelle : Il y a bien une base documentaire. Les positions de Vigie citoyenne et du CRE Montérégie constituent une trace historique des luttes et de l’expertise.
    • La dimension vivante : Une base de données stockée ne fait pas une mémoire collective. Si la connaissance n’est pas mise en circulation, discutée, frottée aux réalités du terrain et co-construite, elle reste un outil d’expertise ou un simple argumentaire de défense, plutôt qu’un levier d’émancipation et de transformation.

    Dans le modèle traditionnel, l’organisation (le CRE ou Vigie) produit le savoir pour convaincre. Le citoyen ou l’allié le consomme ou l’endosse. La boucle de la co-construction est court-circuitée par l’urgence d’agir.

    2. Le piège de l’urgence : une fatalité ?

    L’urgence socio-politique (les échéances des consultations publiques – BAPE, AEIC) impose un rythme effréné qui favorise le réflexe du « prêt-à-mobiliser » : rédiger vite, signer vite, réagir vite.

    Ce n’est pas une fatalité en soi, mais c’est un biais qui épuise les militant.e.s et fragilise l’appropriation à long terme. Si chaque consultation est traitée comme un sprint isolé, les apprentissages de la consultation précédente se perdent.

    3. Le forum de discussion éphémère : un pont entre urgence et co-construction

    Pourquoi cette formule est simple et efficace :

    • Elle contourne la lourdeur d’un document unique (mémoire) : Rédiger un mémoire de coalition est souvent un  parcours du combattant (lourdeurs sémantiques, négociations de mots, fatigue militante). En gardant des mémoires autonomes mais nourris par un tronc commun, vous maximisez la diversité des voix tout en minimisant la friction.
    • Elle déplace la valeur du « produit » vers le « processus » : Le véritable résultat n’est pas seulement le document final déposé, c’est la complicité, la confiance et l’interconnaissance tissées entre les groupes pendant les rencontres préparatoires.
    • Elle légitime le savoir par l’alliance : Associer des chercheur-euse-s universitaire et l’expertise du milieu crée un un positionnement crédible face décideurs publics
    • Une condition essentielle : Avoir un organisme rassembleur et porteur qui possède une légitimité de terrain est indispensable pour créer un espace sécurisant et structurant. Sans ce tiers de confiance, les groupes, repliés sur leurs urgences respectives, resteraient dans leurs silos.

    4. Comment transformer les traces d’un forum éphémère en « briques de connaissance » vivantes

    Dans l’urgence on passe immédiatement au combat suivant, à la consultation suivante ou au projet suivant.

    Pour y remédier, on peut concevoir chaque forum éphémère non pas comme un événement isolé, mais comme une centrale de production de savoirs partagés. L’objectif serait de faire en sorte que les échanges informels des rencontres (Les constats partagés, les angles morts identifiés) soient capturés (audio ou texte) de manière synthétique et versés dans les plateformes des organismes afin qu’elles soient accessibles à d’autres groupes.

    PLus facile à dire qu’à faire!

    Exemples de stratégies rapides.

    • La fiche de synthèse : À l’issue des ateliers, rédiger rapidement une synthèse d’une page qui ne liste pas seulement des positions, mais identifie les angles morts communs, les points de friction avec les promoteurs et les arguments les plus percutants.
    • L’indexation thématique simple : Plutôt que de stocker les documents en vrac sur un site web, classer ces synthèses par grands nœuds problématiques (ex. : intégrité des écosystèmes fluviaux, impacts cumulatifs du transport maritime, acceptabilité sociale et gouvernance). Cela permet à un nouveau groupe de s’approprier le contenu en quelques clics sans avoir à lire cinquante pages de rapports techniques.

    Instaurer un « rituel » de rétroaction post-consultation

    • Programmer une courte rencontre de bilan informel (une heure, en ligne) avec les groupes participants quelques semaines après le dépôt des mémoires.
    • L’objectif : se poser la question simple : « Qu’est-ce qu’on a appris de neuf sur notre territoire ? Qu’est-ce qui a fonctionné dans notre alliance ? »

    Exemple d’outil à développer : Créer une « trousse d’outils » évolutive gratuite et accessible pour les communautés

    On pourrait formaliser la méthode du forum éphémère sous forme de guide pratique ou de boîte à outils méthodologique :

    • Comment identifier un groupe rassembleur et porteur?
    • Comment convoquer un espace de discussion neutre et sécurisant ?
    • Comment articuler l’apport de la recherche universitaire (comme avec l’UQAR) avec la parole citoyenne brute ?
    • Comment conserver les notes de cette discussion?
    • Comment utiliser les instruments technologiques pour transcrire les enregistrements audio et en faire la synthèse?
  • « La Journée des savoirs ouverts 2026 rassemblera des participant·es aux horizons varié·es autour des thématiques liées à la collaboration ouverte et à la mobilisation des savoirs pour une société plus collaborative et ouverte.

    Il s’agit d’un événement conçu pour favoriser les échanges, les maillages et le croisement de perspectives entre les personnes et les organisations engagées pour la transformation sociale, sous l’angle de la collaboration, de la documentation et de l’accès aux savoirs utiles sur le terrain.  » Lien

    Cette rencontre a été particulièrement stimulante. Non pas tant pour discuter du SAVOIR, mais bien des savoirs.

    Ateliers : Quelle importance accordons-nous au savoir des aînés ?

    Premier constat : selon les codes de notre société, j’étais le seul participant masculin et aîné (j’ai 71 ans) de notre groupe. À mon âge, les sujets qui résonnent le plus en moi sont la sagesse, le vieillissement et la transmission intergénérationnelle.

    Les personnes âgées sont-elles sages ? C’est une étiquette lourde qui peut faire peser une pression indue sur les épaules des aîné·es. Je préfère dire que la société leur doit le respect et la reconnaissance, tout en rappelant que la sagesse n’est pas universelle : nous ne sommes pas tous et toutes sages. Nous avons tous et toutes des acquis et des valeurs à partager, peu importe l’âge. Mais les écoutons-nous vraiment ?

    Cela me ramène aux débuts de ma carrière d’intervenant en CLSC. Le premier mandat qu’on m’avait confié concernait les personnes âgées, et j’avais un réel besoin de comprendre cette réalité. J’ai alors lu l’ouvrage Le Vieillissement, de Brian L. Mishara et Michel Émond, dont la formule résume tout :

    « On vieillit comme on a vécu. »

    Cette idée repose sur deux piliers :

    “La continuité du parcours de vie : Le vieillissement n’est ni une rupture soudaine ni une transformation radicale de la personnalité. C’est la continuité des modes de vie, des stratégies d’adaptation (coping), des valeurs et des traits de caractère développés tout au long de l’existence.

    L’adaptation aux pertes et aux changements : La manière dont une personne fait face aux défis de l’avancée en âge — la retraite, l’évolution de la santé, la perte de proches — reflète la façon dont elle a traversé les épreuves et les transitions aux étapes précédentes de sa vie.”

    Cette formule m’habite encore plus aujourd’hui.

    Qu’en est-il, ensuite, de l’intergénérationnel ? Je constate qu’on limite trop souvent ce concept aux liens unissant les enfants, les jeunes et les aînés. C’est un piège. Je pense que chaque individu a une place égale dans la société, doté de son propre savoir et de sa contribution spécifique. Je me souviens d’une expression de mon père, travailleur d’usine avec une 3e année : « Les grosses compagnies, ça n’a pas d’âme. » Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir pris le temps de discuter avec lui de ce qu’il voulait vraiment dire.

    Lorsque je vais à l’épicerie du coin, je remarque que le personnel qui garnit les tablettes est de tous les âges : jeunes, adultes, aîné·es. C’est un véritable lieu intergénérationnel en milieu de travail. En interrogeant certaines personnes âgées sur leurs motivations à travailler, j’ai bien sûr entendu des considérations financières, mais plusieurs m’ont simplement répondu : « Je m’ennuie à la maison. »

    Pourquoi, de mon côté, est-ce que je continue à m’engager bénévolement dans des organismes communautaires ? Tout simplement parce que j’aime rencontrer des gens autour de projets communs et réfléchir avec eux sur leur vision du monde. Pourquoi me couperais-je d’une source de vie aussi riche ?

    Reste la question du savoir.

    Nous avons tous et toutes besoin de nous exprimer, de partager nos valeurs. Certains le font à travers des activités ludiques, d’autres en créant des espaces de réflexion, en s’impliquant dans des projets de protection de l’environnement, dans l’entraide ou par le biais de la culture.

    Un texte à venir :  Que faire avec les bases de connaissances.

  • À la lecture du dossier sur l’économie régionale publié dans le journal Les Affaires, (miseptembre 2026) on apprend notamment que :

    « La Montérégie dispose d’atouts majeurs, dont l’expansion prochaine des infrastructures portuaires du Port de Montréal à Contrecœur. « Il s’agit d’un projet d’intérêt stratégique national pour le gouvernement fédéral, souligne Jean-François Lévesque, PDG de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud. L’objectif est d’augmenter de 60 % la capacité portuaire actuelle en redirigeant une partie des intrants et des extrants vers Contrecœur plutôt que vers les quais montréalais. Pour nos entreprises exportatrices, c’est une nouvelle porte d’entrée vers l’Europe et l’Asie. » »

    Pourtant, plusieurs organisations écologistes et groupes citoyens — dont la SNAP Québec et Vigie citoyenne Port de Contrecoeur — ont soulevé des questions fondamentales quant à la viabilité et au fondement économique de ce projet d’expansion. Récemment, la SNAP Québec a d’ailleurs appelé à un contingentement du transport maritime. Malheureusement, ces propositions et inquiétudes n’ont trouvé que très peu d’écho auprès des instances économiques et gouvernementales, qui se sont gardées de les analyser sérieusement.

    Il est grand temps que la société civile s’investisse pleinement dans la réflexion autour du développement de notre région. Nous devons mettre de l’avant une vision du développement régional qui concilie rigoureusement la protection de l’environnement, la création d’emplois de qualité et la lutte contre les inégalités sociales.

    Au quotidien, des centaines d’organismes communautaires — qu’ils œuvrent en culture, en loisir, en défense des droits, en santé mentale ou en itinérance — se mobilisent aux échelons local, sous-régional et régional pour répondre aux besoins essentiels de la population par des actions concrètes et des revendications ciblées.

    La Montérégie compte plus de 40 000 entreprises, mais elle abrite aussi des centaines d’organisations communautaires et syndicales. La vision portée par des instances comme les chambres de commerce représente, de manière légitime, un point de vue sur notre économie. Il en va de même pour les orientations des milieux municipaux, provincial et fédéral.

    Mais qu’en est-il de la voix des organismes communautaires, environnementaux et syndicaux? Ne devaient-ils pas, eux aussi, participer activement à la définition du modèle économique dans lequel nous souhaitons vivre?

  • Intervention de Gilles Dubois

    Madame la présidente,
    Nous vous remercions de nous donner l’occasion de présenter les principales préoccupations et recommandations du Conseil régional de l’environnement de la Montérégie, du Comité de concertation et de valorisation du bassin de la rivière Richelieu (COVABAR) et du Comité ZIP du lac Saint- Pierre concernant le projet de terminal portuaire de Sorel- Tracy.
    Notre intérêt envers ce projet découle de son implantation dans un territoire où se côtoient des activités industrielles et portuaires importantes ainsi que des milieux de vie et des milieux naturels d’une grande valeur écologique.
    Ce soir nous attirons l’attention de la Commission sur les enjeux qui nous paraissent déterminants pour apprécier les effets du projet et les conditions dans lesquelles il pourrait éventuellement être réalisé.

    Justificatif et cohérence du projet
    Concernant la justification et la cohérence du projet, lors des audiences le ministère du transport a évoqué la modernisation des infrastructures portuaires et les bénéfices attendus du transfert modal. Toutefois, certains éléments méritent d’être davantage démontrés. Par exemple, l’objectif de réduire les délais d’attente à moins de 90 jours semble déjà généralement atteint selon les données présentées dans l’étude d’impact, à l’exception d’un cas de situation particulière observée en 2021. Par ailleurs, une augmentation de la capacité portuaire ne garantit pas, à elle seule, un véritable transfert modal. Il est important de distinguer la croissance globale des volumes transportés d’un réel transfert du camion vers le maritime ou le ferroviaire.

    Recommandations
    Nous recommandons de prévoir un mécanisme de suivi pendant la phase d’exploitation permettant de comparer annuellement les tonnages acheminés par navire, rail et par camion, le nombre de mouvements associés à chacun des modes ainsi que le kilométrage routier évité.
    Enfin, puisque le terminal est prévu pour une durée d’environ 50 ans, ces hypothèses devraient être vérifiées pendant toute la phase d’exploitation. Un mécanisme de suivi et de reddition de comptes permettrait ainsi de vérifier si les bénéfices environnementaux avancés pour justifier le projet se concrétisent réellement.

    Effets cumulatifs et chevalier cuivré
    L’analyse du terminal ne devrait pas considérer uniquement les impacts additionnels du projet de manière isolée. Elle devrait également tenir compte de l’état actuel du milieu, qui résulte lui- même de pressions historiques, ainsi que des activités industrielles, portuaires et de transport existantes et raisonnablement prévisibles. Cela implique de justifier clairement le périmètre géographique et temporel retenu et de considérer les effets combinés sur les habitats, la qualité de l’air et de l’eau, le bruit, la circulation, la navigation et les populations riveraines.


    Recommandation

    Nous recommandons d’envisager conformément au mécanisme d’évaluation environnementale stratégique prévu au chapitre V de la Loi sur la qualité de l’environnement, à l’article 95.10, la réalisation d’une analyse à portée régionale ou sectorielle du développement portuaire et des activités connexes le long du fleuve Saint-Laurent. Une telle démarche permettrait de dépasser l’analyse projet par projet et d’obtenir un portrait intégré des pressions historiques, actuelles et raisonnablement prévisibles exercées sur le fleuve. Elle permettrait de mieux prendre en compte les effets cumulatifs sur les habitats, la biodiversité, la qualité de l’air et de l’eau, la navigation, le transport terrestre ainsi que les communautés riveraines.

    Intervention de Sylvain Lapointe
    Mme la présidente,

    Le chevalier cuivré illustre très bien l’importance de cette approche cumulative. Il s’agit d’une espèce dont la situation est extrêmement précaire en raison de son aire de répartition très restreinte et des pressions exercées sur ces habitats.

    Recommandation
    Nous recommandons donc de situer explicitement les pertes et perturbations associées au projet de terminal de Sorel-Tracy dans un bilan cumulatif, afin de déterminer la contribution additionnelle du projet aux pressions déjà exercées sur les habitats du chevalier cuivré.

    Le COVABAR souhaite aussi concentrer son intervention sur la gestion des eaux pluviales et la prévention des contaminants susceptibles d’atteindre le milieu aquatique. Cette préoccupation doit être examinée dans un contexte où les milieux aquatiques du secteur subissent déjà plusieurs pressions. Il importe donc de considérer non seulement les effets directs du projet, mais également leur contribution aux pressions cumulatives exercées sur ces écosystèmes.
    Gestion des eaux de ruissellement
    La manutention de marchandises comme les fertilisants et les sels peut entraîner le transfert de contaminants vers le milieu aquatique par les eaux de ruissellement.

    Recommandations
    L’ensemble des infrastructures susceptibles d’être contaminées, telles que les passerelles, les barges et les équipements de manutention devraient faire l’objet de mesures de gestion des eaux de ruissellement afin d’éviter la contamination des milieux naturels par les hydrocarbures ou toute autre matière nocive pour l’environnement.
    Utiliser des lubrifiants et fluides hydrauliques à base d’huile végétale dans les machineries.

    Suivi de la qualité de l’eau
    Concernant la protection du milieu aquatique, nous considérons important que le suivi de la qualité de l’eau soit adapté aux marchandises réellement manutentionnées au terminal. Le suivi ne devrait pas se limiter aux matières en suspension, mais inclure les contaminants susceptibles d’être associés aux sels et aux fertilisants.

    Recommandations
    Inclure dans le programme de suivi des paramètres représentatifs des matières qui seront manutentionnées, soit non seulement les MES, mais aussi les chlorures, les nutriments associés aux engrais (azote ammoniacal, nitrates, phosphore total et phosphore dissous) et tout autre élément pertinent pouvant impacter la qualité de l’eau. Des seuils d’intervention et des mesures correctives en cas de dépassement devraient également être précisés.

    Gilles Dubois
    Qualité de l’air
    La qualité de l’air constitue l’une de nos préoccupations importantes. En effet, la manutention et l’entreposage de produits en vrac peuvent générer des poussières et des particules à différentes étapes des opérations. Cette question doit également être replacée dans le contexte industriel existant et dans l’exposition cumulative des populations riveraines. Les échanges tenus pendant les audiences publiques ont soulevé une question importante concernant l’ajout de nouvelles émissions dans un milieu où des dépassements de certains critères ou normes de qualité de l’air peuvent déjà être observés.

    Recommandations
    Nous recommandons d’assurer le respect intégral de la Loi sur la qualité de l’environnement et des normes applicables en matière de qualité de l’air et se permettre de refuser l’autorisation de nouveaux projets générant des émissions atmosphériques dans les secteurs où les normes applicables de qualité de l’air sont déjà dépassées.
    Il faut également exiger les meilleures pratiques disponibles pour prévenir les émissions de poussières à la source en évitant au maximum toute manipulation des matières en vracs non couvertes et exposées aux intempéries

    Suivi et cohabitation
    Enfin, plusieurs effets du projet et l’efficacité des mesures d’atténuation ne pourront être réellement vérifiés qu’une fois le terminal en exploitation. Nous considérons donc essentiel de mettre en place un suivi environnemental basé sur des indicateurs mesurables pour la qualité de l’air et de l’eau, le bruit, la cohabitation et les habitats.

    Recommandations
    Nous recommandons la création d’un comité de suivi qui couvrirait idéalement l’ensemble de la zone industrialo- portuaire de Sorel- Tracy et qui réunirait la communauté, les organismes environnementaux, les autorités concernées et les acteurs industriels.
    Ce comité devrait disposer d’un financement adéquat, pérenne et prévisible afin d’assurer son fonctionnement et son indépendance, et permettre d’adapter les mesures lorsque les impacts observés diffèrent de ceux anticipés.

    En conclusion, la mobilisation et la participation observées dans le cadre des audiences publiques témoignent de l’importance que les citoyens et citoyennes du secteur et les acteurs du milieu accordent au projet et aux enjeux qu’il soulève. Elles mettent en évidence l’importance de considérer pleinement la dimension de l’acceptabilité sociale dans l’analyse du projet. Dans ce contexte, nous sommes confiants que la Commission continuera à approfondir les préoccupations exprimées par les citoyens et les organismes, à documenter les questions qui demeurent en suspens et à examiner dans quelle mesure les réponses et les mesures proposées permettent réellement de favoriser une cohabitation durable du projet avec son milieu d’accueil.


    En définitive, les préoccupations formulées dans le présent mémoire ne portent pas uniquement sur les impacts pris individuellement, mais sur la capacité du projet à s’inscrire durablement dans un milieu déjà fortement sollicité. Dans cette perspective, nous considérons que la décision concernant le projet devrait reposer sur une démonstration suffisamment robuste de sa justification, de sa cohérence avec les orientations gouvernementales, de la prise en compte des effets cumulatifs et de la capacité des mesures proposées à prévenir, réduire et suivre efficacement ses effets à long terme.
    Nous vous remercions de votre attention.

  • Nourrir l’espoir

    Les savoirs des aîné.es

    L’espoir ne naît pas de la certitude absolue que tout ira bien, mais de la conviction profonde que ce que nous faisons a du sens, peu importe l’issue. Pour le nourrir au quotidien lorsque la fatigue ou le doute s’installent, l’élan vient souvent de ce que l’on nomme l’espoir en action : une posture vivante qui se construit par la pratique, l’engagement et le lien avec le monde, plutôt que par l’attente passive de jours meilleurs.

    Un article de la revue française REPORTERRE.

    https://reporterre.net/250-luttes-ecolos-victorieuses-oui-parfois-on-gagne

  • L’analyse de la rhétorique d’un discours de surface appliqué à une campagne électorale et aux grands projets s’intéresse à la manière dont les acteurs politiques utilisent les mots, les symboles et les mises en scène pour séduire, convaincre et masquer parfois la complexité des dossiers réels derrière des promesses spectaculaires.

    La campagne électorale

    Au cours des prochaines semaines, nous entendrons de la part des partis politiques, leurs programmes. Espérons qu’ils nous parlent des solutions concrètes aux problèmes que vivent les citoyen,e,s  aujourd’hui. Sortiront-ils des slogans : la solution c’est la souveraineté, les réductions d’impôts, le tout à l’État, l’économie avant tout. 

    Les grands projets industriels

    On retrouve également cette rhétorique chez les promoteurs de grands projets industriels comme le port de Contrecoeur et de Sorel : on va commencer la coupe d’arbre, on va sauver le chevalier cuivré, on va diminuer les GES, on va créer des centaines d’emplois, on va soutenir les projets de la communauté

    Cette rhétorique du slogan facile et de la promesse clé en main touche exactement au cœur du problème : l’écart entre le discours d’affichage et la réalité du terrain.

    Que ce soit en politique ou dans la mise en valeur de grands projets industriels, le recours aux « formules magiques » permet souvent d’éviter d’aborder la complexité des enjeux réels.

    Deux manifestations d’une même logique

     1. En politique : Les grandes recettes simplificatrices

    Les slogans politiques traduisent souvent une volonté de résumer des enjeux complexes à une seule variable :

    « La souveraineté » ou « Le statu quo » : présentés comme des remèdes universels, alors qu’ils ne dispensent pas d’avoir des politiques publiques rigoureuses sur la santé, l’éducation ou le logement.

    « Les réductions d’impôts » : Une formule attrayante sur le coup, mais qui passe sous silence l’impact direct sur le financement des services publics et des infrastructures.

    « Le tout à l’État » vs « L’économie avant tout » : Deux visions dogmatiques qui opposent artificiellement le progrès social/environnemental et la vitalité économique

    2. Dans les grands projets industriels : Le « coche-case » environnemental et social.  

    Faire du « coche-case », c’est privilégier les apparences et la bureaucratie au détriment de l’action réelle et de la rigueur.

    Chez les promoteurs industriels, la rhétorique prend la forme d’un discours d’acceptabilité sociale très rodé :

    L’addition de paradoxes : Promettre la coupe d’arbres ou la destruction d’habitats tout en affirmant « sauver » une espèce menacée (comme le chevalier cuivré) relève souvent d’une logique de compensation théorique plutôt que de la protection réelle des écosystèmes.

    L’argument massue de l’emploi : Mettre en avant la création d’emplois ou le soutien communautaire pour balancer dans la balance des impacts environnementaux ou sur la qualité de vie des citoyen.ne.s irréversibles.

    L’écoblanchiment opérationnel : Affirmer réduire les GES globaux par des gains logistiques hypothétiques, tout en augmentant la pression industrielle locale.

    Les attentes des citoyen.ne.s

    Face à ces discours, l’attente légitime des citoyens se résume souvent à trois exigences :

    La cohérence et la rigueur :  Des données vérifiables et indépendantes plutôt que des projections optimistes ou des engagements flous.

    Une vision globale : La prise en compte de l’ensemble des coûts (sociaux, écologiques, santé publique) et pas seulement des retombées financières à court terme.

    Un dialogue authentique : Dépasser les consultations publiques formelles où les décisions semblent déjà prises d’avance.

  • Le 12 septembre 2026

    L’actuelle campagne électorale révèle un large consensus sur l’urgence de décentraliser les pouvoirs. Toutefois, une question fondamentale demeure : selon quelles modalités cette décentralisation s’opérera-t-elle, avec quels acteurs et à quelles conditions ?

    Si le palier municipal semble tout désigné pour assumer ces nouvelles responsabilités, la place accordée à la société civile reste largement à définir. Contrairement aux milieux d’affaires et syndicaux, qui disposent de structures pérennes pour faire valoir leurs intérêts à l’échelle régionale, les groupes environnementaux, communautaires et citoyens agissent le plus souvent de manière locale ou sectorielle. Leurs mobilisations, bien que vigoureuses face aux grands projets industriels, risquent de s’essouffler si elles ne s’inscrivent pas dans la durée.

    Sortir des silos : structurer le mouvement citoyen

    Pourtant, la volonté de consolider nos actions est palpable. Des initiatives telles que le Réseau Demain le Québec, la plateforme En Commun ou Multitudes illustrent un désir profond de décloisonner nos luttes, de mutualiser nos outils de mobilisation et de tisser des solidarités territoriales fortes. Ces espaces de convergence sont la réponse directe au risque de fragmentation.

    Le défi actuel consiste à propulser ces dynamiques citoyennes au cœur des instances décisionnelles : comment transformer nos réseaux d’échange en de véritables leviers d’influence politique pour proposer une vision commune et garantir une transition juste ?

    L’urgence d’une vision régionale face aux impacts cumulatifs

    L’importance de cette structuration est criante en Montérégie, où le développement de trois mégaprojets (Port de Contrecœur, Aéroport métropolitain de Montréal, North Volt) soulève de sérieuses questions d’acceptabilité sociale et environnementale.

    Comme le met en lumière le processus du BAPE en cours concernant le terminal portuaire de Sorel-Tracy, l’évaluation de ce type d’infrastructures ne peut plus se faire en vase clos. Il est impératif d’exiger une analyse rigoureuse des impacts cumulatifs — sur la qualité de l’air, la santé du fleuve et l’augmentation du transport de marchandises — qui s’additionnent à l’échelle de la région. De plus, il est inacceptable que l’octroi de fonds publics fasse trop souvent fi des programmes, lois et règlements environnementaux en vigueur. L’appui de la recherche indépendante et d’expertises scientifiques rigoureuses est ici crucial pour asseoir nos argumentaires lors de ces audiences.

    Le paysage de la concertation en Montérégie

    Historiquement, la région a connu diverses formes de concertation. De la division en trois secteurs sous l’ère des Conférences régionales des élus (CRÉ), nous sommes passés à un recentrage autour des MRC et, plus récemment, d’une Table de concertation régionale regroupant les MRC et l’agglomération.

    Du côté de la société civile, le regroupement Solidarité Montérégie, autrefois porteur d’une voie commune unifiée, est en dormance depuis quelques années. Actuellement, la concertation repose sur des regroupements régionaux strictement sectoriels :

    • Environnement (Conseils régionaux de l’environnement)
    • Social et communautaire (TROVEP, TROC, Tables de CDC)
    • Agriculture (UPA)
    • Culture, Tourisme et Loisir

    Passer du désir à l’action : les chantiers à ouvrir

    Face à ce constat, l’enjeu est de réactiver une voix citoyenne forte et décloisonnée. Pour y parvenir, plusieurs questions stratégiques doivent guider notre réflexion collective :

    • L’évaluation des besoins : Quelles sont nos nécessités immédiates en matière de formation citoyenne et d’accès aux médias ?
    • La convergence des intérêts : Comment articuler les différentes préoccupations locales autour d’une vision régionale cohérente ?
    • Les stratégies de mobilisation : Quelles tactiques déployés pour rassembler et maintenir l’engagement des groupes sur le terrain ?
    • Le modèle de gouvernance : Quelle structure d’organisation devons-nous mettre en place pour raviver une concertation régionale efficace ?
    • Les alliances stratégiques : Comment consolider nos liens avec les organismes et regroupements nationaux pour amplifier nos revendications ?
    • L’optimisation des moyens : De quelle manière investir judicieusement nos ressources limitées (bénévoles, temps, financement) pour maximiser notre impact politique et social ?
  • Depuis mes années de cégep, deux grandes approches agissent comme de véritables boussoles dans mes interventions professionnelles et mes luttes militantes : le « Voir-Juger-Agir » et l’« Unité-Critique-Unité ».

    Voir-juger-agir 

    Le voir 

    La première est un puissant moteur de mobilisation communautaire. Tout part du voir, une observation ancrée dans les faits de notre milieu. 

    Observer la réalité du terrain et s’ancrer dans le vécu. Il s’agit d’analyser les faits de manière objective en se posant des questions critiques : Pourquoi la situation est-elle ainsi ? Quelles en sont les causes politiques, sociales ou économiques ? Quelles en sont les conséquences ?

    Le juger 

    Vient ensuite le juger, cette étape où l’on décode la réalité à travers une grille d’analyse rigoureuse. 

    Évaluer cette réalité analysée à la lumière de valeurs fondamentales (les droits humains, la justice sociale ou l’écologie). C’est le moment de discerner ce qui est inacceptable, de se positionner et de définir ce qui devrait être changé.

    L’agir

    Enfin, l’agir nous pousse à poser les gestes nécessaires pour transformer les choses. Si cet exercice de réflexion peut se faire en solitaire, c’est véritablement dans la force du collectif qu’il prend tout son sens.

    Poser un acte conscient et concret, qu’il soit individuel ou collectif,

    pour transformer la réalité insatisfaisante mise en lumière lors des deux premières étapes.

    L’action amène ensuite une nouvelle réalité, qu’il faudra de nouveau « voir », relançant ainsi le cycle.

    Unité- Critique-Unité

    La seconde approche relève de l’art de bâtir des relations solides. 

    La phase initiale d’unité demande d’abord d’écouter l’autre pour valider la légitimité de sa posture. La critique ouvre ensuite l’espace pour faire valoir sa propre vision avec franchise. Le retour à l’unité n’est ni plus ni moins que la volonté de trouver une voie commune pour avancer et militer ensemble.

    La logique sous-jacente reste une approche classique dans la gestion des conflits au sein de nombreux mouvements militants et d’organisations politiques : commencer par affirmer les valeurs communes, débattre des désaccords stratégiques, puis se rassembler pour agir d’une seule voix.

  • Faut-il vraiment attendre le pire pour agir ? Aujourd’hui, il semble que les enjeux écologiques soient entièrement laissés à la merci des catastrophes.

    En France, la campagne présidentielle de 2027 s’amorce avec un changement de paradigme frappant. Comme le souligne le média Reporterre (27 août 2026) : si l’écologie était jadis la grande oubliée des programmes politiques, un été caniculaire a suffi pour renverser la tendance. Désormais, de Jean-Luc Mélenchon à Raphaël Glucksmann, en passant par François Ruffin et Fabien Roussel, tous rivalisent pour s’imposer comme « LE candidat de l’écologie ».

    Au Québec, en revanche, les élections sont déclenchées avec une dynamique bien différente. Il y a fort à parier que les partis politiques relégueront l’environnement au second plan. À moins d’une catastrophe climatique majeure pour forcer la main des décideurs, comme ce fut le cas en France, la question risque d’être éludée. Ainsi va la politique.