Gilles Dubois Carnets

Résilience et Audace

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  • La concertation: allégorie d’un projet de vacances

    Les savoirs des aîné.es

    Un projet de vacances

    Il y a plusieurs années, j’ai animé une formation

    à un groupe d’intervenant.e.s communautaire. 

    Le thème était la concertation. Voici mon introduction.

    Eden et Lou, épuisés par la routine et les exigences du quotidien, décident de partir en vacances dans le Sud. « Ça va nous faire un bien fou de nous reposer et de nous prélasser au soleil… » En quelques heures, les dates sont fixées et la destination est choisie. Déjà, l’enthousiasme monte et la complicité renaît.

    Une fois sur place, c’est l’installation rapide dans la chambre, suivie d’une première balade sur la plage. Au retour, Eden se précipite à l’accueil pour ramasser des informations sur l’hôtel, pendant que Lou prend le temps de vider sa valise. Quelques minutes plus tard, Eden revient, tout excité, avec une panoplie de dépliants sur les activités proposées. Lou, de son côté, est déjà bien installé sur la terrasse, plongé dans un roman.

    C’est le choc. La tension monte.

    Sur le chemin de la salle à manger, le désir du départ s’est transformé en frustration. Une première discussion s’amorce sur un constat partagé : « Il semblait pourtant qu’on avait les mêmes attentes… » On décide sagement de laisser retomber la pression et de reparler de la situation le lendemain matin.

    Au petit-déjeuner, la bonne volonté est au rendez-vous. Chacun veut trouver un terrain d’entente. On dresse rapidement une première liste d’options :

    • Chacun fait ses activités de son côté et on se retrouve en fin d’après-midi ;
    • On alterne : une journée de plage, une journée d’activités ;
    • On ne fait que de la plage ;
    • On ne fait que des activités.

    Finalement, aucune de ces options ne convient. La tension réapparaît, l’urgence de trouver une solution se fait sentir… mais un constat d’échec s’impose.

    Pourquoi ? Parce qu’on s’est entendus sur la destination, mais qu’on n’a jamais pris le temps de partager ce que chacun voulait y vivre pour que ce désir commun prenne réellement forme.

    Cette allégorie illustre les pièges classiques de la concertation ou de l’adhésion à un projet : la fausse unanimité du départ (s’entendre sur un objectif flou comme « partir en vacances » ou « collaborer ») et la précipitation vers les solutions sans avoir d’abord clarifié les visions, les besoins et les attentes réelles de chacun.

  • La vente de la fabrication des Whippets et des fromages OKA témoigne d’un manque de sensibilité flagrant des gestionnaires envers notre patrimoine alimentaire. Cela illustre une fois de plus les tensions fondamentales qui traversent notre société moderne, notamment le conflit entre la pure logique de marché et la préservation de la culture.

    J’ai le sentiment que, pour de grandes entreprises de l’agroalimentaire, le patrimoine est trop souvent perçu comme un simple actif financier parmi d’autres, plutôt que comme un héritage immatériel à protéger à tout prix. Voici pourquoi cette perception est si ancrée et pourquoi un tel décalage persiste entre la gestion corporative et la valeur culturelle de nos marques locales.

    Article du Devoir

    Analyse

    Cette situation met en lumière une fracture de plus en plus visible entre la valeur patrimoniale d’un produit et sa valeur boursière au sein de l’économie mondialisée.

    Lorsqu’un symbole de notre culture matérielle change de mains pour obéir à des impératifs de rationalisation financière — qu’il s’agisse de la relocalisation de la production des biscuits Whippet hors du Québec ou de la vente des fromages fins d’Agropur (dont le mythique OKA) au géant français Lactalis —, la réaction d’amertume du public dépasse la simple nostalgie. Elle soulève des questions fondamentales sur la souveraineté de notre garde-manger.

    Les mécanismes de cette dépossession

    • L’optimisation à court terme : Pour les grands groupes et les structures corporatives, l’efficacité opérationnelle prime souvent sur l’histoire. Un produit de niche ou un fleuron régional, bien que rentable, peut être sacrifié ou cédé s’il ne cadre plus avec les grands axes de croissance ou les marges exigées par les actionnaires.
    • La vulnérabilité des marchés de taille moyenne : Des économies ouvertes comme celle du Québec peinent parfois à trouver des acheteurs locaux dotés de l’envergure financière nécessaire pour acquérir de grands actifs. Cela ouvre la porte à la concentration des marques entre les mains de multinationales étrangères, éloignant ainsi les centres de décision des territoires d’origine.
    • Le déracinement du savoir-faire : Même lorsque la production physique est maintenue localement dans un premier temps, le passage sous le contrôle d’une entité transnationale modifie la relation entre le produit, ses artisans et sa communauté. Le patrimoine cesse d’être un bien vivant co-construit pour devenir un simple portefeuille de marques.

    Vers une réévaluation de notre patrimoine

    Ce fossé entre la logique du marché et la préservation culturelle rappelle l’urgence de penser l’alimentation non pas comme une simple marchandise interchangeable, mais comme un bien commun.

    La vitalité d’un patrimoine alimentaire repose sur la reconnaissance de sa fragilité face aux grandes manœuvres industrielles, incitant à une plus grande valorisation des circuits courts, des producteurs locaux et des structures capables d’honorer la mémoire de nos terroirs.

    J’ai proposé mon texte à Claude Desjardins auteur de l’article du Devoir. Il a eu l’amabilité de de commenter mon texte.

    Claude Desjardins

    Merci, Monsieur Dubois. Votre exemple des Whippet est exact et il ajoute quelque chose au dossier : Dare est une entreprise familiale canadienne, et la production a quand même quitté le Québec en 2022 pour Cambridge — centralisation des coûts, dans une industrie dominée par Mondelez. Autrement dit, même la propriété canadienne ne protège pas l’ancrage québécois quand la logique de rationalisation s’applique. Le problème que je décris n’est pas la nationalité de l’acheteur ; c’est l’absence de toute instance qui compte le patrimoine dans la décision.

    Votre point sur la rareté d’acheteurs locaux d’envergure est juste aussi — c’est le maillon manquant entre « Agropur vend » et « Lactalis achète », et il mériterait son propre examen.

  • Le courage de dire ce qui est

    Les savoirs des aîné.es

    « On est tannées de voir que les choses ne vont pas dans le sens où elles devraient aller, basées sur les connaissances scientifiques, et donc le collectif vient d’une volonté de pousser l’action climatique », affirme Mathilde Jutras, co-porte-parole du collectif, en entrevue au Devoir.

    L’ouvrage de Nicolas Langelier va plus loin. “Ce qu’on trouve dans la cendre – Méditations sur le sens et le courage dans un monde en effondrement”, ose nommer — parfois de manière brutale — les non-dits, les demi-vérités et bien souvent les mensonges qui caractérisent le développement de notre société.

    Sommes-nous revenus dans les années 1980, époque où Marc-Henry Soulet questionnait le silence des intellectuels face au nationalisme ? Parfois, j’ai l’impression que les intellectuels — qu’ils soient universitaires, journalistes ou professionnels — font preuve d’une grande prudence face aux changements climatiques. Certes, plusieurs d’entre eux osent sortir de leurs mandats et de leurs projets de recherche pour « soutenir l’action climatique et la transition socioenvironnementale ».

    « On est tannées de voir que les choses ne vont pas dans le sens où elles devraient aller, basées sur les connaissances scientifiques, et donc le collectif vient d’une volonté de pousser l’action climatique », affirme Mathilde Jutras, co-porte-parole du collectif, en entrevue au Devoir.

    L’ouvrage de Nicolas Langelier va plus loin. “Ce qu’on trouve dans la cendre – Méditations sur le sens et le courage dans un monde en effondrement”, ose nommer — parfois de manière brutale — les non-dits, les demi-vérités et bien souvent les mensonges qui caractérisent le développement de notre société.

  •  Je participe depuis plusieurs années à des rencontres discutant des enjeux économiques, environnementaux et sociaux.  Les discussions sont enrichissantes et formatrices. Toutefois, les échanges deviennent vagues et conciliants sur les grands projets qui ont des impacts économiques Pourquoi? Mon objectif est de soulever une réflexion sur un changement d’attitude. 

    1. Le retrait des leaders d’opinion face aux enjeux systémiques

    Le silence des personnalités publiques (artistes, intellectuels, influenceurs, politiciens) ne relève pas toujours d’un manque d’intérêt, mais souvent d’une stratégie d’évitement. En évitant de se prononcer sur des projets économiques controversés, ces figures protègent leur « capital sympathie » et leurs partenariats. Cependant, cette absence de prise de position renforce le statu quo : sans voix fortes pour porter la critique, les projets industriels sont perçus comme faisant consensus par défaut.

    2. Le piège de la « politique des petits pas »

    Le fait de vouloir changer les choses très progressivement est souvent présenté comme la seule approche réaliste. Pourtant, face à l’urgence écologique, cette méthode agit comme un anesthésique politique.

    • Elle donne l’illusion de l’action tout en maintenant les structures économiques polluantes.
    • Elle empêche de poser la question de la rupture, pourtant nécessaire pour respecter les limites planétaires.

    3. Le consensus comme frein au débat démocratique

    La recherche du consensus à tout prix (l’unanimisme) tend à l’uniformisation de la pensée. Dans le cadre de grands projets :

    • Le débat est souvent réduit à une simple consultation technique.
    • Toute voix divergente est étiquetée comme « obstructionniste » ou « anti-progrès ».
    • Conséquence : On évacue les questions de fond (utilité sociale, impact à long terme) au profit d’une validation de pure forme.

    4. Le déséquilibre de la parole : Promoteurs vs citoyen.

    Il existe un déséquilibre structurel dans l’accès aux médias. Les promoteurs de projets disposent de services de communication puissants et d’un discours rodé sur la « création d’emplois » et la « croissance ».Le constat : La parole écologique et citoyenne est souvent reléguée au rang de protestation émotionnelle ou militante, alors que la parole économique est présentée comme rationnelle et objective. Cette hégémonie rend difficile l’émergence d’un contre-récit crédible.

    5. La marginalisation de la parole scientifique

    L’expertise scientifique est la grande absente des prises de décision immédiates. Lorsqu’elle est présente, elle est souvent saucissonnée en études d’impact segmentées qui ne permettent pas de saisir la globalité des dommages écologiques.

    • L’absence d’un relais médiatique fort pour les chercheurs laisse le champ libre aux arguments purement financiers.
    • Cela crée un déficit d’information pour le citoyen, qui peine à distinguer les promesses marketing des réalités biophysiques.

    Conclusion : Vers une rupture du silence et des modèles

    En définitive, le déploiement de grands projets économiques au détriment de l’impératif écologique n’est pas seulement le résultat d’une volonté politique, mais celui d’un véritable verrouillage du débat public. Ce système repose sur une triple défaillance :

    1. L’effacement des contre-pouvoirs : Le retrait des leaders d’opinion et l’asymétrie médiatique entre promoteurs et environnementalistes créent un déséquilibre qui favorise les intérêts financiers immédiats.
    2. L’illusion du consensus : La quête d’unanimisme et la stratégie des « petits pas » neutralisent toute tentative de transformation structurelle, transformant la transition écologique en un simple ajustement technique.
    3. Le silence de la raison : La marginalisation des faits scientifiques prive les citoyens des outils nécessaires pour évaluer objectivement les conséquences de ces projets sur le long terme.

    Pour sortir de cette impasse, il est impératif de réinvestir l’espace médiatique par l’expertise et la critique. La transition ne pourra être effective que si elle accepte la confrontation des idées et si elle ose remettre en question le dogme de la croissance au profit d’une viabilité biophysique réelle. Le passage de la passivité à l’engagement est la condition sine qua non pour transformer nos modèles de société avant que les limites planétaires ne nous l’imposent de façon brutale.

  • L’abondance épuisée – Trouver le courage de continuer

    Les savoirs des aîné.es

     “L’avidité insatiable de notre espèce nous a menés à la catastrophe: ce qui nous avait semblé inépuisable est sur le point de manquer pour toujours. Chaque année qui viendra sera plus chaude, plus chaotique, plus violente que la précédente. Notre civilisation a déjà commencé à s’écrouler.Où trouver une raison de vivre et le courage nécessaire, dans un monde en effondrement? C’est la question centrale de Ce qu’on trouve dans la cendre, plus récent titre de la collection Documents, signé par notre rédacteur en chef, Nicolas Langelier.”

    Je suis engagé depuis plus de 30 ans dans des organisations qui cherchent à construire un monde différent, plus équitable et plus respectueux de l’environnement. Malgré les avancées timides, nous sommes toujours au bord du précipice. Dans ma vie militante et professionnelle, j’ai rencontré des personnes et des collectivités qui ont refusé le défaitisme parce que leurs visions étaient empreintes de réalisme et de courage. 

    Ce texte que je vous propose s’adresse à tous ceux et celles qui aspirent à des changements nécessaires pour éviter  les effets catastrophiques des changements climatiques, de l’épuisement des ressources naturelles, de la croissance économique. Mais aussi à ceux et à celles qui croient que  la technologie, l’intelligence artificielle, nous sauvera.  

    Ce texte nous invite au courage de poser des questions, de partager des idées, de partager  des visions du monde différentes des décideurs publics et privés.  Face aux projets de pipelines, au nucléaire, à l’industrie militaire ou aux agrandissements portuaires, il nous rappelle que, même si le combat semble perdu d’avance, il est essentiel de continuer à porter une voix différente.

  • Quelques faits:
    Nous avons déposé sur notre site WEB quelques éléments d’informations récents pour alimenter notre réflexion collectives

    Vigie citoyenne Port de Contrecoeur a réaffirmé dans une lettre récente à M. Julien Baudry Vice-président, Communications et relations externes Administration portuaire de Montréal: “Nous demandons des rencontres publiques de la part des autorités portuaires, des organismes de régulation et des instances politiques afin que les citoyen.nes puissent avoir accès à toute la documentation et à des avis d’experts indépendants.” Cette demande a été formulée directement en 2023 à des représentants du Port de Montréal.

    Nous nous expliquons mal la réaction du Port de Montréal suite à la résolution unanime du comité transport fédéral.

    “Que, au nom du Comité, le greffier envoie une lettre au Port de Montréal lui demandant de rendre public et de soumettre au Comité, dans un délai de 30 jours, son plan d’assainissement des terrains contaminés à Contrecœur, et que le Comité invite le Port à se conformer aux règlements municipaux et aux lois environnementales du Québec.”

    Le Port de Montréal affirme dans un communiqué : “L’APM poursuivra ses démarches d’information avec sérieux, transparence et diligence, comme elle le fait depuis le début du projet.”

    Je vous propose quelques éléments de réflexion

    1. Le choc des définitions de la « transparence »
      Il y a deux interprétations irréconciliables du mot transparence

    La vision de l’APM : Elle s’appuie sur une diffusion d’information descendante (communiqués, rapports officiels de l’AEIC), qu’elle juge « sérieuse et diligente » mais ignore les avis de plusieurs scientifiques et experts indépendants.
    La vision de la Vigie citoyenne : Elle exige une transparence interactive. Le fait de demander des rencontres publiques avec des accès à des expertises indépendantes suggère que l’information fournie par le Port est perçue comme unilatérale ou filtrée par des impératifs de relations publiques.

    2. L’intervention du Comité fédéral : Un point de bascule
    La résolution unanime du comité transport fédéral change la dynamique. Ce n’est plus seulement un groupe de citoyens qui questionne le Port, mais une instance parlementaire :

    Exigence de reddition de comptes : En demandant le plan d’assainissement des terrains sous 30 jours, le Comité transforme une demande de « courtoisie » en une exigence politique formelle.
    Légalité : La position de l’APM demeure qu’elle n’est assujetti qu’aux lois fédérales alors que Vigie a rappelé lors de sa présence devant le Comité permanent des transports que la Cour d’appel du Québec et la Cour Suprême du Canada ont statué dans différents jugements qu’en matière d’environnement, il fallait faire un fédéralisme coopératif pour respecter chaque palier de législation (municipal, provincial, fédéral) pour protéger l’environnement et les citoyens. Ce que le Comité permanent des Transports a invité l’APM à respecter par l’adoption de sa motion unanime pour qu’elle se conforme aux Règlements municipaux et à la Loi du Québec en environnement qui prévoit un plan de réhabilitation pour des terrains contaminés, approuvé par le ministre de l’Environnement.

    1. Les points de friction persistants
      La position du Port de Montréal semble de plus en plus difficile à tenir pour plusieurs raisons :

    Le délai de réponse : Si des demandes formulées en 2023 sont restées sans réponse satisfaisante, l’affirmation de « diligence » de l’APM est factuellement contestée par le vécu des acteurs locaux.
    L’asymétrie d’information : Le refus (ou l’évitement) de rencontres publiques avec des experts indépendants renforce l’idée d’une gestion en « vase clos ».

  • Texte publié sur le site de vigie port de Contrecoeur le 31 décembre 2025
    Quelques faits


    Le premier document de présentation est l’Étude d’impact. 2020
    Consultation formelle de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) 2021 sur la décision et 2025 sur la décision du projet modifié.
    Depuis les consultations publiques de l’AEIC il n’y a eu aucune consultation formelle sur le projet. Le port de Montréal a organisé des séances d’information et des communiqués de presse.
    Outre les agences de réglementation AEIC et MPOC, ainsi que le ministère québécois de l’Environnement, aucun organisme tiers n’a vérifié les données fournies par le port de Montréal.
    Plusieurs organismes ont été consultés sur des questions spécifiques. Mais sans connaître le résultat des consultations.
    La réalisation de plusieurs conditions exigées par l’AEIC a été rendue publique qu’après l’annonce du début des travaux printemps 2025.
    L’information est communiquée directement par les sites du port de Montréal ou des rencontres avec des instances publiques, des organismes de la communauté, des gens d’affaires ou des portes ouvertes pour la population.

    Vous trouverez des informations critiques sur le site WEB de Vigie citoyenne port de Contrecoeur

    Les comptes-rendus des comités des voisins, du comité bon voisinage disponible sur le site WEB de vigieportdecontrecoeur.com

    Piste de réflexion sur le mode communication du port de Montréal

    Ce que nous comprenons de la stratégie de communication du port de Montréal

    Déficit de transparence et Déficit démocratique
    L’approche DAD (Décider, Annoncer, Défendre) : Le promoteur communique uniquement sur les décisions finales. L’information est diffusée après les faits ou juste avant le début des travaux.
    La concertation continue : le promoteur maintient un dialogue bidirectionnel. Ici, l’absence de mise à jour publique sur la réalisation des conditions d’impact suggère que le Port traite ces obligations comme une liste de tâches administratives plutôt que comme un contrat de confiance avec la population.
    Le contrôle de l’information
    Le fait que les documents ne soient diffusés que sur les plateformes officielles du Port (site web, communiqués) permet au port de :

    Cadrer le récit : mettre l’accent sur les retombées économiques et la création d’emplois, tout en minimisant les impacts environnementaux ou la congestion routière locale, la santé de la population.
    Fragmenter l’opposition : en discutant individuellement avec des organismes privés, le Port évite les assemblées publiques où les préoccupations collectives peuvent se cristalliser et prendre de l’ampleur.
    Bien que le Port puisse légalement avancer s’il respecte les conditions de l’Agence d’évaluation d’impact, cette méthode a pour conséquence :

    Érosion de la confiance : Le « comité de bon voisinage » risque d’être perçu comme une simple chambre d’écho plutôt que comme un lieu de pouvoir citoyen.
    Contestation : Le manque de transparence nourrit souvent des mouvements de contestation sur le terrain.
    En résumé, il est crucial de distinguer la communication marketing (convaincre du bien-fondé du projet) de l’information publique (donner les faits bruts, incluant les impacts négatifs). Dans le cas actuel, le Port semble privilégier la première au détriment de la seconde.

    Vous trouverez l’information disponible actuellement par le Port de Montréal
    sur le site Web du Port de Montréal
    “”Vous trouverez dans cette section différents documents reliés au projet Contrecoeur. Des rapports annuels, des plans de compensation ou encore des protocoles de communication y seront disponibles, au fur et à mesure de la réalisation du nouveau terminal à conteneurs.”
    sur un microsite WEB du port de type Foire aux Questions FAQ

    Que faire dans le contexte où le Port de Montréal intensifie la stratégie de marketing auprès des citoyens, des organismes et des acteurs économiques?

  • Ma mère était abonnée à la revue Sélection Reader Digest. Il y a quelques années je me suis abonné, un peu par nostalgie, mais aussi pour être connecté au contenu d’une publication qui veut parler du quotidien des gens. Bref, chaque mois, je reçois cette petite revue. Je m’attarde à la section MATIÈRE À RÉFLEXION. Au retour d’une conférence dans le cadre de la COP15, je retrouve dans le numéro d’avril 2022 une citation de Louis Cornelier chroniqueur au Devoir. « Former des gens pour soutenir la croissance économique est peut-être une bonne chose, mais les former pour qu’ils soient aussi capables de se demander si cette croissance est saine et profitable à tous s’impose avec la même nécessité pour éviter la dérive vers ce que *Bernanos appelait une société de robots. »

    D’aucuns considèrent que la bataille pour freiner le développement du port de Contrecoeur est perdue d’avance. Au contraire, les discussions à la COP15 nous invitent à continuer à questionner ce projet. Toutefois, ce n’est pas uniquement aux militants environnementaux, aux acteurs économiques, aux politiciens de prendre la parole sur des projets d’infrastructures majeures. Il est nécessaire et urgent que les citoyens s’impliquent afin de débattre collectivement de ce qui est sous-jacent à ces projets (vision économique, protection des milieux naturels, qualité de vie des citoyens). 

    Il est scandalisant d’assister aux campagnes d’écoblanchiment (greenwashing) des entreprises et des gouvernements dans un but d’avoir une image écologique. Ces campagnes visent à nous faire croire que les sables bitumineux pourraient être bons pour la planète, que conduire des VUS nous rapproche de la nature ou encore qu’habiter près d’un gros port serait positif pour la qualité de vie. Pour moi un débat signifie nommer les intérêts de toutes les parties et de donner à tous les moyens économiques d’agir. Je suis inquiet du consensus en faveur du projet de port de la part des acteurs économiques, des dirigeants de tous les paliers municipaux, des gouvernements fédéral et provincial ainsi que des partis politiques. Pourtant, des organismes environnementaux et citoyens ont émis des avis défavorables ou conditionnels à ce projet. Reste à savoir s’ils ont été entendus ou plutôt, s’ils ont eu les moyens pour se faire entendre?

    30 octobre 2021 CHRONIQUE  https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/643548/chronique-philo-pour-tous